Le Kivu, le Nord-Kivu en particulier, est toujours aux prises avec le phénomène des désertions de centaines de militaires qui, avant leur
intégration dans l’armée nationale en 2009, faisaient partie de la milice du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) , un
mouvement politico-militaire proche de l’actuel régime rwandais. Les militaires déserteurs sont les plus proches du général Bosco Ntaganda, ancien chef d’État Major de la milice du CNDP et maintenant intégré à l’armée congolaise comme le n ° 2 dans le commandement de l’opération militaire Amani Leo (paix aujourd’hui), menée officiellement contre les rebelles rwandais des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda du Rwanda (FDLR).

Comme les opérations militaires précédentes (Umoja Wetu et Kimia II) contre les FDLR, Amani Leo aussi constitue, en réalité, une vraie
plate-forme pour le commerce illégal et clandestin des minerais du Kivu, exportés à l’étranger via le Rwanda. Selon les différents
rapports du Groupe d’experts des Nations Unies pour la RDC, le général Bosco Ntaganda et ses officiers sont les plus impliqué dans un «réseau mafieux» qui tourne autour de la contrebande de minéraux. L’actuel régime rwandais en tire des avantages considérables, car le Rwanda est devenu le Pays par où transite le commerce des minerais provenant de la RDCongo.

Bosco Ntaganda est également celui qui peut faire échec à une éventuelle alliance entre les FDLR basées aux Kivus et certains généraux dissidents rwandais, aujourd’hui exilés en Afrique du Sud, une alliance qui pourrait mettre fin à l’actuelle dictature au Rwanda. Par ailleurs, l’actuel régime rwandais n’a jamais mis de côté ses ambitions d’hégémonie économique, politique et militaire sur les Kivu
et, pour réaliser un tel projet, il se sert de la communauté rwandophone congolaise, tutsie en particulier. Le CNDP en est
l’instrument principal, soit au niveau militaire, grâce à l’intégration de ses troupes dans l’armée nationale congolaise, soit
au niveau politique, en établissant une administration locale parallèle.

Au niveau politique, actuellement la situation est très confuse, surtout que la Cour suprême de justice a confirmé l’annulation des
élections législatives du 28  novembre dans le territoire de Masisi, fief du CNDP, parti politique membre de la Majorité Présidentielle
(MP). Donc, actuellement, le CNDP n’a aucun député qui le représente à l’Assemblée Nationale, au moins jusqu’à la tenue des élections
législatives (théoriquement prévues deux mois après l’arrêté de la CSJ).

Bosco Ntaganda, un ressortissant rwandais, comme il apparaît dans le mandat d’arrêt délivré par la Cour Pénale Internationale (CPI) en
2006, pour des crimes commis en Ituri en 2002-2003, est  l’homme qui défend exclusivement les intérêts de la communauté Tutsie congolaise et du régime rwandais dans les Kivus. Son éventuelle arrestation et son transfert à la CPI pourraient constituer  un coup dur porté au lucratif commerce des minéraux des « conflits » et à l’hégémonie (économique, politique et militaire) rwandaise sur le Kivu, en
particulier et sur la RDCongo, en général.

Dans l’incertitude des prochaines élections législatives au Masisi, le CNDP recourt à la force armée pour s’imposer politiquement. Les
actuelles désertions peuvent être une forme de pression sur la population locale, pour orienter l’issue des prochaines élections
législatives au Masisi.

En outre, les récents rapports du Groupe des experts des Nations Unies sur l’implication avérée de Bosco Ntaganda dans l’exploitation
illégale des minéraux et les dernières pressions nationales et internationales sur le président Kabila pour faire arrêter et
transférer Bosco Ntaganda à la CPI peuvent être lse causes immédiates des actuelles désertions militaires.

Quand le «mythe Ntaganda» comme «élément indispensable pour la paix » est en train de fondre comme neige au soleil, le Gouvernement Matata et le Président Kabila ont le devoir d’assumer leurs responsabilités respectives, pour arrêter et transférer Bosco Ntaganda à la CPI, sans prendre d’autres raccourcis qui pourraient s’avérer très dangereux et fort risqués. Ce serait donner un signal fort et tangible de lutte contre l’impunité et une démonstration concrète d’un engagement
sérieux pour la justice.

L’ intégration des troupes du CNDP au sein des FARDC a été une faute grave

Selon certains observateurs, l’intégration des troupes du CNDP au sein des Fardc a été une faute grave, dont les conséquences se vivent
jusqu’aujourd’hui. Cette intégration le 23 janvier 2008 à l’issue de la conférence de Goma sur la paix et le développement n’a toujours pas apporté de paix jusqu’à ce jour. Au contraire, le pouvoir actuel a accordé des facilités et des faveurs aux ex rebelles, notamment en
armes, en moyens logistiques et de communications. Pour tout dire, les éléments du Cndp ont été choyés par rapport au reste de l’armée. Ils ont été affectés au Kivu, car ils ont toujours refusé leur affectation dans les différentes unités militaires à travers le pays, hors du Kivu. Ils ont été promus en grades jusqu’à atteindre le rang de général, cas de Bosco Ntaganda. Ce favoritisme serait à l’origine des affrontements que l’on déplore actuellement. La prime à la rébellion ayant montré ses limites, la solution ne peut pas être celle que
propose la branche politique du Cndp. Ce serait criminel de continuer à bâtir une armée républicaine avec des techniciens du viol, du vol et des tueries les plus infâmes. Ce serait également faire preuve de cécité à la fois politique et militaire que d’accorder sa confiance à
des individus qui n’obéissent qu’à la hiérarchie clanique et qui se comportent comme des chevaux de Troie au service du régime rwandais.

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire «Jeune Afrique» daté du 29 avril au 5 mai, le président rwandais Paul Kagame – lequel a élevé le mensonge au rang d’art moderne – soutient sans rire que l’instabilité provoquée au Nord Kivu par le transfert éventuel de
Ntaganda à La Haye «est une affaire qui concerne le Congo et non le Rwanda». Dans un langage subliminal, le satrape rwandais dit tout le mal qu’il pense du transfert de Ntaganda à la CPI: «(…) mes réserves quant au fonctionnement de la CPI et à son impartialité, que j’ai déjà maintes fois formulées, demeurent intactes». De quoi se mêle l’homme fort de Kigali puisqu’il s’agit, selon lui, d’une affaire qui
congolo-congolaise? En réalité, Paul Kagame est le tireur des ficelles. C’est lui qui attise, via des groupes armés montés de toutes
pièces, l’instabilité dans les provinces du Kivu. Selon un article publié le 27 avril 2004 sous la signature MMC, qui est la branche
éditoriale du site Digital Congo.net, «les autorités de Kigali n’ont jamais abandonné leur rêve de régenter les affaires de Kinshasa par le
biais de leurs hommes de main qu’elles propulseraient à l’avant-plan à la prise du pouvoir».

Par couardise – et pourquoi pas par connivence avec le régime rwandais? -, «Joseph Kabila» laisse faire. Depuis le mois de janvier
2009, Kagame et Kabila se sont réconciliés. Une réconciliation qui n’a apporté aucune embellie en termes sécuritaires dans les provinces du Kivu, malgré les opérations « Umoja Wetu » et autre « Kimya ». La situation est devenue pire. Les FARDC sont infiltrées par des soldats rwandais camouflés sous la bannière du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) qui se veut le garant de la sécurité des membres de la communauté tutsie. Les FARDC sont minées de l’intérieur par des «ennemis invisibles» qui sont déployés non seulement au niveau des régions militaires mais aussi à l’état-major général des FARDC à Kinshasa. A Goma, Mbuji-Mayi, Bukavu, l’armée est commandée par des officiers à la loyauté douteuse.

b. La précarité de la situation politique et sécuritaire

La mutinerie des militaires fidèles au général Bosco Ntaganda a mis en lumière la précarité de la situation politique et sécuritaire à la
quelle fait face la RDCongo à la suite des élections frauduleuses de novembre dernier. L’armée est un conglomérat de milices qui, souvent, sont suspectées d’être dirigées par des criminels de guerre. Présentée comme un gage de paix en 2009, l’intégration du CNDP au sein de l’armée a ouvert la voie à une prise de contrôle silencieuse d’une grande partie des Kivus, aussi bien militaire (commandement parallèle, refus d’être déployé en dehors des Kivus) qu’économique (prédation sur les populations, contrebande de matières premières et accaparement de terres).

A travers le processus d’intégration, ce sont les milices qui ont absorbé l’armée congolaise et non l’armée qui a absorbé les milices.
Les équilibres instables au sein de l’armée reflètent ceux qui caractérisent la classe politique congolaise.
Dans le Nord-Kivu, au-delà du cas individuel de Bosco Ntaganda, ce qui est en jeu est la représentation politique du CNDP et des Tutsi
congolais. Les élections de 2011 qui étaient censées faciliter l’intégration du CNDP au sein des structures politiques nationales et
provinciales ont été annulées dans leur fief du Masisi en raison de fraude. Cette décision laisse entière la question du rôle de ce
mouvement et de l’équilibre politique intercommunautaire dans le Nord-Kivu. Seules de nouvelles élections peuvent permettre de trancher la question du contrôle politique dans cette province.

Pour les donateurs occidentaux, la mutinerie de Bosco Ntaganda, nommé «Terminator», dans le Nord-Kivu devrait être une opportunité de repenser certaines politiques et réagir à des problèmes grandissants, tels que:
1. L’échec de la réforme de l’armée, malgré l’implication de nombreux bailleurs de fonds.
2. L’inopportunité de certains arrangements individuels de court terme avec les chefs de milices qui fragilisent la gouvernance des
institutions congolaises de sécurité.
3. L’instrumentalisation des mandats d’arrêt de la CPI par le gouvernement congolais, qui monnaie l’arrestation des criminels de
guerre en échange du soutien politique des pays occidentaux.

Bukavu, le 15 mai 2012.

ASBL RENAISSANCE AFRICAINE, RENAF/AETA SUD KIVU
Le Point Focal

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