11:27 - 19 juin 2013

Le M23 contrôle un espace à la taille du Rwanda

Les élus du Nord-Kivu, lèvent le ton, décèlent les causes du piétinement du commandement opérationnel et font des révélations. Un flou enveloppe la gestion de la logistique et des fonds destinés aux brigades au front. Quant à la force internationale neutre, elle ne serait pas la bienvenue, l’histoire récente servant de jurisprudence. Le drame de l’Est, concluent-ils, c’est ce positionnement du M23 qui contrôle jusqu’à ce jour un espace dont la taille est équivalente au territoire rwandais. Lue par le doyen Konde Vila Kikanda, la déclaration des députés du Nord-Kivu lève plusieurs coins de voile sur la situation militaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les causes des contre-performances et des défections enregistrées tout comme la situation humanitaire sont révélées avec précision. En contact permanent avec les populations soumises aux affres de la guerre, les élus de la province du Nord-Kivu «constatent que la situation sécuritaire actuelle au Nord-Kivu est préoccupante, critique et dramatique, surtout après la prise des localités de Jomba et Bunagana ainsi que des cités de Rutshuru, Kiwanja et Rumagabo par des rebelles du M23».

Et, cerise sur le gâteau : «A ce jour, l’espace sous opérations militaires est aussi grand que le Rwanda». Révélation choquante qui atteste que le projet de balkanisation du Congo est bel et bien en marche et que ses initiateurs ne veulent pas lâcher prise. La marche du M23 est, on n’en peut plus douter, une humiliation de la RDC qui porte la signature du Rwanda. Et derrière ce pays, toutes les multinationales qui semblent déterminées à garder la mainmise sur les ressources naturelles de la RDC. Il est évident que les lignes se dessinent peu à peu, mieux elles se détachent comme de la craie blanche sur un tableau noir. Dans les jours qui viennent, il n’est pas surprenant que Kinshasa soit obligé d’accepter le M23 comme interlocuteur et de négocier avec lui. Cela parce que ce mouvement rebelle aura réussi à se positionner confortablement sur le terrain. Alors que, il n’a jamais été fait pareille obligation à Kigali concernant les FDLR. Les révélations que font les députés du Nord-Kivu montrent que la situation va de mal en pis : «Walikale et Ndjingala sont passées entre les mains de Raiha Mutomboki, faute de moyens humains et logistiques nécessaires». Ils notent que «des défections dans les rangs des FARDC ont précédé cette dégradation de la situation sécuritaire».

Selon eux, le gouvernement devait prendre davantage des mesures préventives pour éviter pareilles situations à l’avenir, soutenant que «plusieurs officiers ont rejoint et continuent à rejoindre les rangs du M23». Sans ambages, ces derniers affirment : «Les rebelles du M23 bénéficient clairement de l’appui du Rwanda et probablement d’autres pays voisins qui n’ont exprimé aucune alerte à l’entrée du M23 à Bunagana». De révélation en révélation, le public est informé de ce qui se trame sur le terrain des opérations : «Les militaires des FARDC ont manqué de renforts nécessaires à Bunagana avant que cette localité, important poste douanier à la frontière avec l’Uganda, ne passe entre les mains du M23». Cette évolution en dents de scie au front poussent les élus du Nord-Kivu à déplorer «une gestion insuffisante financière et humaine de brigades sur le terrain et particulièrement celles engagées dans les opérations militaires en cours à l’Est de la République démocratique du Congo».

Quant aux agents causaux de cette insécurité, les élus les égrènent : «Plusieurs groupes armés tant étrangers que locaux écument actuellement la province du Nord-Kivu et sèment la désolation dans la population ; tel est le cas des FDLR dans les territoires de Walikale, Masisi, Lubero et Rusthuru ; des ADF/Nalu dans le territoire de Beni ; des Maï-Maï de Kakule Sikuli alias La Fontaine dans les territoires de Lubero et Beni, du M23, des Maï-Maï PCLS de Janvier Karani, des Maï-Maï NDC de Ntabo Ntaberi Sheka, des Maï-Maï FDC, des Maï-Maï Raiha Mutomboki». L’envoi d’une force internationale neutre aux frontières RDC-Rwanda n’enchante pas les élus du Nord-Kivu. D’expérience, estiment-ils, la mise en place des opérations militaires de cette envergure ne se fait pas toujours de manière aisée. Il se pose des difficultés de mise en place. L’éradication du M23, des FDLR ainsi que de toutes les forces négatives opérant dans cette partie du pays visée par la mise en service de cette force neutre risque de n’être que poursuite du vent.

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