L’attention des millions des Congolaises et Congolais est focalisée, depuis le mardi 6 décembre 2016, sur les négociations directes entre la Majorité Présidentielle et le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, que pilote la Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo). Prévu pour trois jours, ce forum vient d’atteindre la barre de trois semaines. En principe, les « parties prenantes » se trouvent à l’étape des derniers réglages concernant le nouveau statut du Chef de l’Etat en fonctions, son engagement à ne pas briguer un troisième mandat et à ne pas modifier la Constitution, la durée de la période de transition, les « pouvoirs » de la « Haute Autorité de Transition », les séquences et les dates de la tenue des élections présidentielle en 2017, législatives nationales et provinciales, le contrôle de la Primature, la restructuration ou non de la CENI, la libération des prisonniers politiques et d’opinions, la réouverture des médias fermés, etc.

Si signataires et non signataires de l’Accord politique de la Cité de l’Union Africaine semblent s’accorder sur l’organisation des élections présidentielle et législatives nationales en 2017, sous réserve de l’accélération des opérations de révision du fichier électorale et de la mobilisation des fonds requis pour cette fin, il y a une grande inconnue susceptible de tout remettre en cause. Il s’agit de l’insécurité.
            Il est à assez troublant de constater qu’au moment où des éclaircies politiques pointent à l’horizon, le grand « Congo » enregistre l’émergence des foyers de violences au Nord, à l’Est, au Sud et au Centre. Les groupes armés traditionnels, internes comme externes, ainsi que les milices ethniques ou tribales, affichent un activisme débordant en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Tanganyika, au Kasai Oriental et au Kasaï.
C’est comme si Mai-Mai, ADF, FDLR, Pygmées et autres miliciens du feu chef traditionnel Kamwina Nsapu auraient reçu une mission spéciale, celle de réactiver l’insécurité au moment du lancement de la seconde phase d’enrôlement des électeurs dans les parties Nord, Est, Sud et Centre. Les bilans des dernières tueries intervenues en marge du week-end de Noël fait particulièrement froid au dos : plus d’une cinquantaine de morts dans le territoire de Beni, une quarantaine du côté de Manono, une dizaine à Uvira.
            Un autre fait troublant concerne le culot que se permettent des forces négatives mal équipées et numériquement inférieures pour attaquer de face les troupes loyalistes en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Tanganyika ainsi que dans les deux Kasaï. On a même enregistré, le dernier week-end, des accrochages meurtriers entre l’armée congolaise et des militaires burundais à Uvira. Au Nord-Kivu et en Ituri, on ne compte plus les échauffourées entre soldats congolais et ceux de l’Ouganda et du Rwanda.
            La conséquence directe de cette insécurité est qu’en plus des morts que l’on déplore dans les rangs des civils et militaires congolais, il y a des déplacements massifs et permanents des populations civiles, contraintes de fuir l’insécurité. Au Nord-Kivu, les autorités provinciales recommandent désormais aux autochtones de quitter les zones non contrôlées par les FARDC, à savoir leurs villages, et de s’installer dans des villes.
 
Impossible d’enrôler et voter dans l’insécurité…
 
            Pendant que la classe politique, surtout l’Opposition radicale, redoute un « glissement  technique ou financier » du processus électoral, le véritable danger s’appelle insécurité. Chacun peut imaginer le scénario à venir. La contrainte « sécuritaire », qui semble échapper à l’attention de beaucoup, va faire en sorte qu’à un moment donner, il sera impossible d’enrôler des électeurs en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Tanganyika, dans les deux Kasaï et de les amener aux urnes.
Les candidats à l’élection présidentielle ayant pour « circonscription électorale » l’ensemble du pays, on voit mal la CENI l’organiser partiellement dans certaines contrées de la République et la renvoyer à plus tard dans d’autres. Un blocage total du processus électoral se profile à l’horizon. Certes, des promesses fermes d’éradiquer l’insécurité en mettant définitivement les forces négatives locales et étrangères hors d’état de nuire sont données au peuple congolais depuis plus d’une décennie, sans que la paix durable ne revienne dans le « ventre mou » de la RDC, à savoir l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
            Pire, la spirale de l’insécurité a fait des incursions inquiétantes au Tanganyika et dans les deux Kasaï. Tout se passe comme si une main noire active intensément pour rendre le pays ingouvernable et l’empêcher, de ce fait, de rejoindre le train de la démocratie. On a beaucoup ficeler un consensus politique au Centre Interdiocésain, si les « parties prenantes » à ce mini-dialogue n’arrivent pas à maîtriser les paramètres de l’insécurité récurrente au Nord, à l’Est, à Sud et au Centre, les élections démocratiques, transparentes et apaisées ne sont ni pour 2017, ni pour 2018.
                                                                                    Kimp

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